Hommage au Père Joseph SCHWALLER

Gérard KLEIN 18 avril 2018

HOMMAGE AU PERE SCHWALLER


 

Après la disparition de Julien Katgély l’an dernier, le décès du Père Schwaller survenu le 15 avril 2018 marque la fin d’une génération de professeurs qui ont marqué l’histoire du collège Sainte Marie dans les années d’après-guerre, jusqu’à sa fusion en 1963 avec le collège Saint Pierre Chanel de Thionville.

Faire revivre la mémoire du Père Schwaller invite à évoquer l’homme, l’enseignant et le prêtre qu’il a été.

Le Père Schwaller était d’abord un personnage. Pétri de culture classique (ce qui lui valait le surnom, au demeurant flatteur, de « Cicéron »), féru de littérature, d’histoire, de musique et de peinture, parfaitement bilingue français/allemand, le Père Schwaller avait une curiosité quasi-universelle et les conversations avec lui ne connaissaient pas de blanc. D’humeur joviale, toujours prêt à placer un bon mot, il était réputé pour son humour. Et sa simplicité tout comme son sens du contact le faisaient apprécier par un large public. Il suffit, pour s’en convaincre, de se souvenir à quel point la compagnie du Père Schwaller était recherchée par les parents d’élèves qui venaient participer, en fin d’année scolaire, à la traditionnelle « fête des jeux » du collège. Et de constater l’estime que lui portaient – et continuent de lui porter - ses paroissiens du village de Rettel dont il a été le curé.

Le grand professeur de lettres qu’a été le Père Schwaller, je l’ai connu au début des années 1960 lorsqu’il dispensait son enseignement en classe de seconde et de première. Il avait la charge d’initier ses élèves à la littérature et de les préparer à l’art, ô combien difficile, de la dissertation dont ils allaient devoir démontrer la maîtrise aux épreuves du baccalauréat. En somme, le Père Schwaller incarnait au collège l’esprit littéraire tandis que les matières scientifiques – mathématiques, physique, chimie – étaient enseignées par un professeur lui aussi excellent, le Père Hallé. Indépendamment de ses talents propres, ce dernier bénéficiait d’une attention particulière de la part du nouveau supérieur, le Père Adrien, que sa formation de polytechnicien inclinait plutôt vers les sciences dites exactes que vers les études littéraires pour lesquelles il manifestait un brin de condescendance. Dans ce contexte peu favorable, le Père Schwaller a porté haut le flambeau des lettres au sein du collège. 
Il s’imposait à ses élèves par une autorité naturelle reposant sur l’étendue de son savoir, sur la passion qu’il apportait à le transmettre et sur son sens de l’humour. Dans ses cours soigneusement préparés de sa belle écriture ronde, il faisait revivre les grands auteurs de notre littérature – avec une prédilection pour Pascal, Boileau, Chateaubriand - et il nous communiquait une puissante envie de lire leurs œuvres. Pour affronter les difficultés de la dissertation, le Père Schwaller nous enseignait une méthode de son cru : 
l’analyse du sujet. Cette méthode faisait merveille car elle facilitait l’appréhension du sujet et la structuration, autour d’un plan, des développements qu’il inspirait. Pour sérieux que fût son enseignement, le Père Schwaller ne se prenait, lui, pas au sérieux. Et il avait l’art de détendre l’atmosphère par des pointes d’humour. Ainsi lorsqu’il nous invitait à disserter sur une appréciation du grand critique Charles-Augustin Sainte Beuve, pourvoyeur attitré des sujets de dissertation littéraire, le Père Schwaller ne manquait pas de nous encourager d’un malicieux : « Sainte Beuve, priez pour nous ! ». Ou encore, lorsqu’il utilisait le mot « homme » dans son sens général, il s’empressait de préciser qu’en pareil cas il embrassait également toutes les femmes. Et peut-être nous a-t-il, par ce trait d’humour, prémuni contre les tourments de la théorie du genre et de l’écriture inclusive qui assaillent les élèves d’aujourd’hui. 
On ajoutera que le Père Schwaller se prêtait volontiers aux traditions festives du collège, et notamment à celle du match de football qui opposait annuellement l’équipe des professeurs à celle des élèves. Sa prestation d’ailier y faisait sensation et contribuait à sa popularité auprès des élèves qui pouvaient vérifier en l’occurrence que la maxime « 
mens sana in corpore sano » n’était pas un mythe.

Ses fonctions d’enseignant, dans lesquelles pourtant il s’impliquait pleinement, n’ont jamais fait perdre de vue au Père Schwaller les activités pastorales attachées à son état de prêtre. Lorsqu’il était professeur au collège Saint Pierre Chanel, il consacrait tous ses week-ends et ses vacances à son ami le chanoine Joseph Lecomte, curé de Sierck-les Bains, pour l’assister dans ses tâches pastorales. Puis, après que l’heure de sa retraite d’enseignant eût sonné, le Père Schwaller a exercé durant près de vingt ans à Rettel la fonction de curé de la paroisse ainsi que celle d’aumônier des sœurs résidant à la Chartreuse. Et cela jusqu’à ce que le grand âge, puis la maladie l’aient contraint à rejoindre le département médicalisé de la maison de retraite de Rustroff où il a fini ses jours à presque 98 ans.

Né en vingt, le Père Schwaller se plaisait à faire un jeu de mots en déclarant qu’il était né en vain. La vie bien remplie qui a été la sienne, à la fois comme prêtre et comme enseignant, démontre de toute évidence le contraire.

Qu’il repose en paix.

 

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